Petite estampe nichée contre la couverture, marque discrète apposée sur un livre.
Vous avez peut-être déjà vécu cela : ouvrir un livre acheté dans une brocante, puis découvrir à la première page, une petite gravure. Un symbole, un monogramme ou une devise de son ancien propriétaire. Quelqu’un a possédé ce livre avant vous. Quelqu’un l’a aimé assez pour y apposer sa marque.
C’est ainsi que beaucoup de gens font la connaissance de l‘ex-libris, par hasard, dans la matière d’un livre qui a voyagé et vécu. On comprend que ce petit objet a quelque chose de fascinant.
Il est une preuve d’une relation intime, sentimentale entre un lecteur et ses livres.
"C'est la marque la plus ancienne de l'amour sincère des hommes pour leur bien littéraire. C'est le blason de l'esprit."
Henri Bouchot
EX-LIBRIS
Du latin « ex libris » qui signifient littéralement « des livres de », « d’entre les livres » , « faisant partie des livres de ».
L’histoire officielle de l’ex-libris commence au XVe siècle, dans les territoires germaniques, peu après l’invention de l’imprimerie. La xylographie (gravure sur bois) permettait d’imprimer des images en série, et avec elles, des marques d’identité reproductibles.
Le premier ex-libris connu daterait de 1450 : celui de Hans Igler (Johannes Knabensperg), aumônier de la famille Schönstett, gravé sur bois et portant la légende «Hans Igler, das ein Igel kuss». L’ex-libris représente un hérisson mangeant l’herbe fleurie d’une prairie. On remarque le jeu de mots sur Igler, Igel (hérisson en allemand).
Mais l’origine de l’ex-libris est bien plus ancienne. Le sceau du Roi Amenophis III est souvent cité comme la marque de propriété la plus ancienne connue, conservée au British Museum à Londres. Cette inscription hiéroglyphique indique dans sa partie basse, titre de l’ouvrage : “Le Livre du Sycomore et du Dattier” et dans sa partie haute, le possesseur, “ Le dieu Bon Amenophis III qui donne la vie, aimé de Ptah, roi des deux pays et sa royale épouse Tii, la vivante.”
Pour bien comprendre l’origine de l’ex-libris, il faut se rappeler que le livre fut longtemps un bien rare, précieux et difficile à obtenir. Dans les scriptoria monastiques et les premières universités, les textes circulaient d’une main à l’autre. Un signe d’appartenance clair permettait d’identifier rapidement un ouvrage prêté ou égaré.
Mais au fil du temps, l’ex-libris a dépassé sa fonction utilitaire pour prendre une dimension plus personnelle. Posséder une bibliothèque, c’est posséder un monde.
Depuis quelques années, l’ex-libris connaît une renaissance inattendue et remarquée dans le milieu du livre, des librairies indépendantes aux cercles de bibliophiles, jusqu’aux lecteurs les plus contemporains.
L’ex-libris séduit à nouveau parce qu’il répond à un désir croissant de personnalisation, à l’envie de posséder des objets uniques, faits pour soi.
Artisans créateurs et graphistes réinventent les codes, mêlant techniques anciennes et sensibilités contemporaines. Un mélange de tradition et d’innovation graphique : un ex-libris peut être gravé sur linoléum et porter une typographie résolument moderne. Il peut être minimaliste ou chargé de détails, discret ou affirmé.
Ce renouveau porte une envie de préserver le sens, le geste, la qualité mais aussi un héritage.
Chaque technique confère à l’ex-libris un caractère particulier.
En voici quelques unes :
Gravure en relief d’un motif sur une planche de bois. Contrastes nets, lignes expressives. Technique historiquement première dans l’histoire de l’ex-libris.
Un procédé de gravure chimique (acide) en creux dit taille-douce sur une plaque métallique. Lignes très fines, dégradés subtils, grande richesse de détail. Longtemps la technique de prestige.
Dessin d’un tracé exécuté à l’encre ou au crayon sur une pierre calcaire. Trait libre, proche du dessin à main levée, d’une grande souplesse.
Illustration ou composition vectorielle. Une vignette pré-imprimée sur du papier de qualité, personnalisée et plus accessible. Idéal pour les couleurs complexes et la reproductibilité à l’identique.
Taille dans du linoléum, proche de la xylographie mais plus accessible. Liberté de la courbe, compositions à aplats francs. Souvent utilisée pour des designs contemporains.
Incision directe dans le métal, sans acide. Une ligne douce, légèrement veloutée grâce aux barbes métalliques. Un rendu spontané et expressif.
L’encre est pressée à l’aide d’une raclette sur un écran de sérigraphie. Parfaite pour les couleurs vives, les aplats nets et les designs graphiques modernes.
Nombre d’artistes ou de créateurs imaginent leur illustration à la main ou sur tablette; la reproduction sur caoutchouc est ensuite assurée par une machine laser.
La frontière entre les disciplines s’est considérablement assouplie.
Le choix d’une technique influence non seulement l’aspect visuel, mais aussi la relation au temps et à la matière.
Aucune n’est supérieure à une autre : tout dépend de ce que vous souhaitez que votre ex-libris raconte.
C’est une œuvre miniature pour l’œil et pour l’esprit. Parure du livre et sceau dévoilant la personnalité secrète de son possesseur.
La règle la plus souvent citée par les artistes : une seule idée principale, un seul symbole dominant. Tout le reste est contexte ou ornement. Un ex-libris qui tente de tout dire finit par ne rien raconter. La contrainte du format oblige à être précis sur la thématique à retenir. Ce qui est intéressant, c’est que beaucoup de propriétaires d’ex-libris choisissent leurs symboles instinctivement, avant même de comprendre leur signification.
Un ex-libris est une création très personnelle, qui dépeint une vision du monde, une construction de l’esprit, inspirée de l’imaginaire ou de la réalité.
On trouve aussi des collectionneurs d’ex-libris, à la recherche de pièces rares.
Les amateurs de vieux livres font souvent la quête de marques ou d’ex-libris de personnages illustres. Comme s’ils touchaient un bout de leur histoire, une intimité jamais dévoilée, quelque chose les lie à eux.
Un ex-libris traverse les générations, voyageant d’une bibliothèque à l’autre, d’une main à l’autre.
Il est la preuve qu’un livre a été aimé, voulu, choisi, et qu’il portera longtemps encore la trace de celui qui l’a marqué.
Le studio Orendia Design, vous accompagne pour concevoir un ex-libris unique, imaginé à partir de votre univers personnel. Gravé à la main avec la technique de la linogravure ou bien travaillé numériquement en étiquette autocollante à apposer dans vos livres. Chaque création est pensée pour vous ressembler.
J’espère que cet article vous a plu autant que j’ai pris plaisir à l’écrire.
Merci de m’avoir lue.
Sources : L’Ex-libris : histoire, art, techniques, Germaine Meyer Noirel et recherches personnelles, dont les collections de la bibliothèque du château de Chantilly.
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